10/11/2008

Le Grand Duduche


A l’occasion de la sortie de L’Intégrale Le Grand Duduche, Cabu explique...



  • Comment est né le Grand Duduche ?

En 1962, Hara-Kiri est interdit pour la première fois. Le journal a des problèmes de trésorerie, il faut chercher du travail ailleurs. Dargaud venait d’acheter le journal Pilote. Je suis allé voir le rédacteur en chef, René Goscinny, car j’aimais bien Lucky Luke. Je lui ai présenté des dessins mettant en scène des collégiens. Il était justement en train d’écrire La Potachologie. Il m’a demandé de l’illustrer, avant même que je rentreà Pilote. Chaque semaine, j’allais chez René Goscinny (qui habitait chez sa maman). Je récupérais un chapitre à illustrer. Il tapait à la machine sur la table de la salle à manger, pendant qu’à l’autre bout, sa maman tricotait. Il était très gentil. Il me donnait une moitié de page dans Pilote. Il a remarqué que je dessinais souvent un grand au fond de la classe. Il m’a dit : “C’est lui votre personnage, trouvez lui un nom”. C’est comme ça que le Grand Duduche est né. En fait, Le Grand Duduche existe grâce à Yvonne de Gaulle. Si elle n’avait pas fait interdire Hara Kiri, je n’aurais pas rencontré Goscinny…



  • Pour beaucoup, Duduche, c’est Cabu. Qu’en est-il?

Au lycée de Châlons, il y avait un type nommé Duché. On a dû l’appeler Duduche. Il est certain qu’il y a beaucoup de Duduche en moi, mais c’est bien après les premières publications qu’on me l’a fait remarquer… D’accord Duduche me ressemble, mais je ne dis pas que c’est moi. Je ne suis pas un grand dégingandé comme Duduche. Par contre, il a mon caractère. Je suis revenu pacifiste de la guerre d’Algérie, mais je ne voulais pas embrigader les jeunes. Ce qui ne m’a pas empêché de défendre les thèses qui me tenaient à coeur.



  • Duduche est apparu à la même période que le rock et les yéyés. Y a-t-il un lien avec ces courants?

J’ai connu les débuts du rock’n’roll, Bill Haley et cie, mais je n’étais pas un rocker. Je voulais être un peu dandy. J’avais un faux-col et des manchettes faites en papier à dessin. J’essayais d’être raffiné, un “Mod” avant l’heure. Tout sauf un blouson noir. Tout dandy que j’étais, ça n’a pas fait de moi un séducteur terrible. J’étais un amoureux de Peynet, très fleur bleue.En 1972, Duduche quitte Pilote pour Charlie Hebdo.



  • Comment s’est opéré ce changement?

En 1972, Cavanna a eu peur que les pages d’actualités de Pilote entrent en concurrence avec Charlie Hebdo. Il a demandé à Reiser, Gébé et moi de choisir. Ça a été un déchirement, mais on a jugé que la liberté était encore plus grande dans Charlie, il n’y avait pas de publicité… Le Grand Duduche a changé en débarquant de Pilote à Charlie Hebdo. Je n’aurais peut-être pas dû changer ainsi de registre. J’étais porté par la période post-soixante-huitarde. Il aurait fallu que je garde à mon personnage son côté fleur bleue. Être assez fort pour imposer ce décalage aux lecteurs de Charlie Hebdo.


Sur le site de Vents D'Ouest

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